Paulin Mara Limited Edition for Hodinkee : un cadran gilt d'époque et ce qu'il coûte à la plongeuse
Présentée le 19 octobre 2026 et épuisée le jour même de sa mise en vente, la Paulin Mara Limited Edition for Hodinkee tient en 250 exemplaires numérotés. La plongeuse écossaise y reçoit un cadran gilt obtenu par bain galvanique, où le doré n'est pas une encre mais le laiton plaqué or mis à nu sous une couche noircie. Le procédé n'a rien d'une invention : il équipait les cadrans de montres-outils de la fin des années 1930 à la fin des années 1960, y compris ceux des Submariner livrées à l'US Navy et à la Marine nationale. Pour y parvenir, la Mara a changé de calibre, perdu les deux tiers de son étanchéité et près de deux millimètres d'épaisseur. Elle était proposée à 1.000 dollars, soit environ 860 euros.
Deux cent cinquante pièces, une seule journée de vente
La Paulin Mara Limited Edition for Hodinkee a été dévoilée le 19 octobre 2026 et la totalité de la série a trouvé preneur dans la journée. Vendue 1 000 dollars sous la référence PAULINMARAXHODINKEE, elle comptait 250 exemplaires numérotés, proposés en précommande, avec des livraisons annoncées pour la mi-novembre. Chez Watches of Switzerland, la fiche au code produit 27040001 affiche aujourd'hui une rupture de stock. Plus que le tirage, c'est le cadran autour duquel toute la montre a été réorganisée qui retient l'attention : un gilt obtenu par voie galvanique, procédé sorti des ateliers de cadranerie à la fin des années 1960.
De trois sœurs de Glasgow à l'atelier d'anOrdain
Paulin naît à Glasgow en 2013, fondée par trois sœurs, Charlotte, Eleanor et Elizabeth Paulin. Les fondatrices quittent l'entreprise en 2023, année où la marque rejoint anOrdain, détenue par Lewis Heath, mari de Charlotte. Les deux maisons partagent depuis un atelier de production et un studio dans le Southside de Glasgow, l'essentiel de l'assemblage s'y faisant, une petite partie à Vancouver chez Roldorf & Co. D'où la place du dessin dans la montre : les textes du cadran et de la lunette sont composés dans Wim, caractère typographique maison dessiné par la directrice artistique Imogen Ayres, et l'aiguille des heures reprend la forme du point et du fût du « i » du logo Paulin.
Une plongeuse née d'une conversation et éprouvée aux Hébrides
L'idée de la Mara remonte à 2023 et à un échange avec le journaliste et plongeur Jason Heaton sur ce qui fait une bonne plongeuse. Les essais ont montré que certaines couleurs d'impression altéraient la teinte du Super-LumiNova et réduisaient la lisibilité sous l'eau. La montre a ensuite été testée en mai 2025, lors d'un voyage de plusieurs jours dans les Hébrides extérieures, de Skye à Harris. Lancée le 22 août 2025 à 1 200 livres sterling, soit 1 650 dollars hors taxes, la Mara de série est aujourd'hui affichée 1 040 euros sur le site de la marque, en noir ou en bleu. Son nom signifie « de la mer » en gaélique écossais.
Un boîtier coussin dérivé du modèle Modul
Le boîtier de la Mara dérive du modèle Modul de Paulin, retravaillé pour l'usage marin. En acier 316L, il mesure 39,7 mm de diamètre et 48 mm d'une corne à l'autre. Sa lunette unidirectionnelle à 120 crans, coiffée d'un insert en saphir double dôme de teinte grise, déborde du boîtier à 12 h et à 6 h pour être saisie avec des gants ou les mains mouillées ; son flanc est creusé d'indentations sphériques reprises sur la couronne vissée. Le fond, fermé, est gravé et numéroté. La montre est livrée sur un bracelet NATO rayé noir et gris de 20 mm, à boucle en acier signée Hodinkee, la version de série recevant elle deux bracelets, un caoutchouc HNBR moulé et un tissu Tide issu de filets de pêche recyclés, doublé d'Alcantara et cousu à Glasgow.
Découvrir la fiche complète de la Paulin Mara Limited Edition for Hodinkee
Le gilt n'est pas une encre dorée
Sur un cadran gilt, la couleur dorée n'est pas imprimée : c'est le métal sous-jacent révélé en relief négatif. Le dessin est posé dans une encre soluble non conductrice, la plaque est colorée dans un bain galvanique, l'encre est ensuite lavée pour faire apparaître le métal, et un vernis protège l'ensemble. À la loupe, le résultat se reconnaît à des bords de lettrage légèrement flous et à la marche qui sépare la couche noire du métal mis à nu. Rien d'une signature de luxe : c'était la méthode courante de production, employée de la fin des années 1930 à la fin des années 1960, avant d'être abandonnée pour des raisons de coûts et de volumes. Rolex est passé aux cadrans mats à texte blanc imprimé vers 1967.
Le cadran que portaient les plongeuses de marine
Cette datation a une conséquence directe : les montres de plongée livrées aux marines militaires dans les années 1950 et 1960 portaient ce type de cadran, non par goût du passé mais parce que c'était la production du moment. Les Submariner Tudor remises aux forces armées étaient de simples références de catalogue, sans développement spécifique, que seule une gravure de fond distinguait des modèles civils : une Oyster Prince Submariner 7928 de 1964 porte ainsi au dos le sigle U.S.N., le code d'unité ST-2/015 et la date OCT.68, tandis que les pièces de la Marine nationale française affichent les initiales M.N. suivies des deux derniers chiffres de l'année de livraison. En reprenant le bain galvanique, Paulin ne cite pas un ornement mais une technique industrielle que l'usage militaire a rendue familière.
Comment ce cadran-là a été fabriqué
La fabrication, confiée au partenaire allemand de Paulin, part d'une plaque de laiton plaquée or sur laquelle le chemin de fer et les textes sont imprimés au moyen d'une barrière chimique. La plaque passe dans un bain galvanique qui noircit les zones non protégées, puis la barrière est retirée pour révéler l'or situé sous la surface, sablé en texture mate quand les inscriptions masquées restent polies. Les index horaires sont peints à la main en Super-LumiNova de teinte vieillie, accordée aux aiguilles et à la lunette. Le dessin suit la même logique : les index géométriques de la Mara standard, triangles, carrés et cercles, laissent place à une iconographie de plongeuse classique, la profondeur est inscrite en mètres avant les pieds, à la manière des modèles d'avant 1969, et la mention « Glasgow » à 4 h devient « Hodinkee » en doré.
Que coûte, en pratique, ce retour au gilt ?
Le prix ne se lit pas seulement sur l'étiquette. La Mara de série est animée par un La Joux-Perret G101 suisse de 68 heures de réserve de marche ; la version Hodinkee reçoit un Miyota 9039 automatique japonais, haut de 3,90 mm, à 24 rubis, battant à 28 800 alternances par heure pour 42 heures de réserve et une précision annoncée de -10/+30 secondes par jour, avec remontage manuel, stop-seconde et trois aiguilles. L'étanchéité tombe de 300 à 100 mètres et l'épaisseur de 13,5 à 11,8 mm : la plongeuse de catalogue devient un skin diver aux proportions d'époque, accordé au cadran qu'il abrite. Reste l'arbitrage, 1 000 dollars pour la série limitée contre 1 040 euros pour une Mara courante plus étanche et plus autonome.
Paulin Mara Limited Edition for Hodinkee : quand une technique de série devient un argument de rareté
Le gilt raconte une époque où l'allure d'un cadran découlait d'un procédé de fabrication et non d'une intention esthétique. Les plongeuses livrées aux marines portaient ce doré parce que les ateliers de cadranerie travaillaient ainsi, et il a disparu dès que des méthodes moins coûteuses et mieux adaptées aux volumes se sont imposées. Le reprendre dans une série de 250 pièces inverse la logique : ce qui était ordinaire devient le motif même de l'achat, et le reste de la montre se réorganise autour de lui, au prix d'une étanchéité ramenée à 100 mètres et d'un calibre à l'autonomie plus courte. Le choix se défend à condition de savoir ce que l'on troque, une finesse et une silhouette d'époque contre la capacité technique d'une plongeuse contemporaine. Pour une marque de Glasgow qui a conçu sa première montre d'eau au contact d'un plongeur et l'a testée dans les Hébrides, l'exercice dépasse le simple habillage.
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Rédacteur Éric Barse
Journaliste, créateur d'entreprises, fondateur des portails www.cafe-racer-only.com et www.scooter-3-roues.com, Eric Barse partage son temps entre ses passions : la moto, les voyages et les montres. Passé par l'école militaire de Saint-Cyr et le 2ème RPIMA avant de faire une carrière dans la communication et le digital, il voue une véritable passion aux montres authentiques qui accompagnent depuis de nombreuses années ses aventures à 2 roues, de l'Océan Indien, à l'Afrique en passant par l'Amérique latine !