Bracelet montre militaire Monopezzo de Nato Vintage Style : le monopièce des armées revisité en cuir romain
Sur sa fiche, l'atelier romain Nato Vintage Style présente son Monopezzo à travers l'élégance sportive que l'imaginaire collectif prête à Paul Newman. Le bracelet a pourtant une ascendance plus martiale. Taillé dans une seule bande de cuir, il reprend une architecture que les armées américaine et britannique ont adoptée bien avant qu'elle ne devienne un accessoire de style : la sangle d'un seul tenant, que l'on suit de la toile vert olive admise pour la montre A-11 jusqu'au G10 normalisé en 1973, en passant par l'A.F.0210 britannique de 1945. Emilio Colonna, qui a passé trois décennies à acheter et vendre des montres, transpose ce principe dans un cuir tanné végétal, vieilli à la cire d'abeille et cousu main. Il est affiché à 145 €.
Le bracelet monopièce, une solution de terrain avant d'être un style
Avant d'orner les poignets des amateurs de tool watches, le bracelet d'un seul tenant passé sous le boîtier répondait à une question prosaïque : comment éviter qu'un soldat perde sa montre ? Glissée entre les deux barrettes, la sangle court sous la carrure et relie les deux côtés sans interruption, si bien que la montre reste au poignet même si une barrette casse, tenue par celle qui résiste. Les forces américaines et britanniques ont eu recours à ces bracelets de tissu dès le milieu du XXe siècle, voire plus tôt, et leur présence dans l'aviation britannique leur a valu le surnom de bracelet RAF.
La sangle de toile vert olive de l'A-11
Côté américain, il faut partir de l'A-11, produite pendant la Seconde Guerre mondiale par Elgin, Waltham et Bulova à des dizaines de milliers d'exemplaires. Son manuel, établi par le War Department, précise que le bracelet devait être une sangle de toile vert olive, en une ou en deux pièces. La montre elle-même, d'un diamètre habituel de 32 mm et dotée de cornes de 16 mm percées, a largement dépassé le cadre de l'armée américaine : la RAF l'a portée sous la désignation 6B/234, et elle a également équipé l'aviation canadienne comme l'aviation soviétique.
L'A.F.0210, rechange de l'armée britannique dès 1945
Au Royaume-Uni, le ministère de la Défense introduit en 1945 un monopièce en sangle destiné aux montres et aux boussoles militaires, l'A.F.0210, recensé dans les inventaires sous l'intitulé « A6/AF0210 : STRAP, WRIST, INSTRUMENT ». Les montres britanniques de l'époque ont des barrettes fixes. Pendant et après la guerre, la RAF remet à ses pilotes des montres montées sur un bracelet en peau de porc cousu sur les barrettes. Quand il faut en changer sur le terrain, l'armée de terre fournit l'A.F.0210, qui s'enfile sans outil ni démontage. Les pilotes disposent quant à eux d'un rechange réglementaire distinct, le 6B/169, un cuir en deux parties à embouts clipsables. L'A.F.0210 restera en service jusqu'en 1980, sous le numéro W10/6645-99-910-1003 en fin de carrière.
1973, le G10 entre dans la norme
Le bracelet que l'on appelle aujourd'hui NATO naît administrativement le 30 novembre 1973, dans la norme britannique Def Stan 66-15 intitulée « Strap, Wrist Watch ». Le modèle réglementaire est une sangle de nylon gris Admiralty Grey de 20 mm, avec boucle et passants en laiton chromé, et des jonctions soudées à chaud plutôt que cousues. Son nom de G10 vient du formulaire G1098, ou G10, que les militaires remplissaient pour l'obtenir, tandis que l'appellation NATO découle de son numéro de stock OTAN : 6645-99-124-2986 pour l'armée de terre et la marine, 6645-99-527-7059 pour la RAF. La Def Stan 66-47 prend le relais en 2001, et ce calendrier dissipe une confusion fréquente : le bracelet rayé de la Submariner de Sean Connery dans Dr. No ne pouvait pas être un G10.
Emilio Colonna, trente ans de montres avant le cuir
Nato Vintage Style, abrégé en N.V.S., est une petite boutique-atelier installée Via Scandriglia 12, à Rome. Son propriétaire, Emilio Colonna, a consacré l'essentiel de ses trente dernières années à acheter et vendre des montres de grandes marques, modernes, d'occasion ou vintage. Il en a gardé une méthode à rebours de la production en série : le cuir, la couleur et la patine d'un bracelet se décident en fonction de la montre qui va le recevoir. La matière première ne varie pas, puisque l'atelier n'emploie que des cuirs tannés au végétal en fosse, le reste (choix de la peau, teinte des coutures, vieillissement à la cire d'abeille teintée) se discutant avec le client. Le nom de la maison rend hommage au NATO, que l'atelier présente comme issu d'un cahier des charges militaire pour montres à barrettes fixes et qu'il décline en cuir sous le nom de NATO Classic, à 95 €.
Une bande unique et deux losanges cousus main
Le Monopezzo porte bien son nom italien : il est taillé dans une seule bande de cuir, découpée, vieillie, cousue puis cirée à la main. Pour retenir la montre, l'atelier rapporte sur cette base deux losanges découpés dans le même cuir, eux aussi cousus main. La fiche ne précise pas si la bande passe sous le boîtier à la manière des sangles réglementaires, et N.V.S. ne revendique aucune filiation militaire : la référence avancée reste Paul Newman. L'atelier décline ce modèle en huit teintes de cuir, du cognac roux au nubuck presque noir en passant par des finitions façon toile anglaise ou sellerie ; deux d'entre elles portent un nom à consonance militaire, mais l'atelier ne leur attache aucune signification historique et rien n'autorise à leur en prêter une.
Tailles, délais et place dans la gamme
Le bracelet se commande pour des entrecornes de 18, 20, 22 et 24 mm, toujours avec une boucle de 20 mm, et s'adapte à des tours de poignet de 150 à 195 mm. Pour les deux plus grandes largeurs, l'atelier demande d'indiquer le diamètre de la montre dans les notes de commande. La fabrication ne commence qu'une fois la commande passée : la fiche annonce sept jours ouvrés, tandis qu'un bandeau du site évoque deux semaines pour fabriquer et livrer. Affiché à 145 € TTC, le Monopezzo s'intercale dans un catalogue qui compte aussi le Vintage Classic et le Racing à 125 €, ainsi que le California Rugged à 175 €.
Du nylon humide au cuir des aviateurs
Remplacer la toile ou le nylon par du cuir n'a rien d'une trahison. Des NATO et des ZULU entièrement en cuir sont d'ailleurs apparus pour ceux qui n'aiment pas sentir un nylon mouillé contre la peau. Surtout, l'histoire militaire offre elle-même un précédent, puisque la RAF confiait déjà du cuir à ses pilotes pendant que la sangle textile servait de rechange de terrain. Le Monopezzo réunit ces deux lignées, la construction d'un seul tenant des sangles de troupe et le cuir des montres d'aviateur. Il demeure un accessoire de style : rien ne relie N.V.S. à un contrat militaire, et ce bracelet n'a rien d'une pièce réglementaire.
Monopezzo de Nato Vintage Style : la sangle des armées passée au cuir romain !
Les bracelets militaires n'ont jamais été dessinés pour plaire. Ils devaient tenir, se changer vite et survivre à une barrette défaillante, et c'est précisément cette logique d'intendance qui leur offre aujourd'hui une seconde vie, loin des magasins d'habillement et des formulaires de dotation. Le Monopezzo illustre ce glissement : une forme née de numéros de stock et de normes se retrouve façonnée à la main, dans un atelier où l'on choisit la peau en regardant le cadran. Que N.V.S. invoque Paul Newman plutôt que la RAF ne change rien à la généalogie de l'objet, qui remonte aux sangles vert olive et aux bandes grises des années de service. Pour l'amateur de montres militaires, ce bracelet rappelle qu'un accessoire peut porter une histoire sans en revendiquer l'uniforme, et qu'entre nylon réglementaire et cuir patiné, la frontière tient moins à la fonction qu'à la manière de raconter ce que l'on porte au poignet.
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Rédacteur Éric Barse
Journaliste, créateur d'entreprises, fondateur des portails www.cafe-racer-only.com et www.scooter-3-roues.com, Eric Barse partage son temps entre ses passions : la moto, les voyages et les montres. Passé par l'école militaire de Saint-Cyr et le 2ème RPIMA avant de faire une carrière dans la communication et le digital, il voue une véritable passion aux montres authentiques qui accompagnent depuis de nombreuses années ses aventures à 2 roues, de l'Océan Indien, à l'Afrique en passant par l'Amérique latine !