Veste saharienne militaire Coulange : de l'uniforme colonial au vestiaire casual, l'héritage de la M47
Quatre poches à rabat, des épaulettes, une ceinture ou un cordon pour marquer la taille : la saharienne est née sous l'uniforme, sur les théâtres coloniaux de la fin du XIXe siècle, avant de gagner le safari, le cinéma puis les podiums. La Safari Jacket M47 de Coulange, maison française fondée en 1918, se réclame de cette lignée, mais aussi d'un modèle plus précis : la M47 de l'armée française, c'est-à-dire la veste de la tenue toutes armes modèle 1947, portée en Indochine puis en Algérie. Taillée en kaki dans un coton japonais et assemblée dans l'atelier de la marque en France, elle prolonge une histoire où le vêtement de troupe est devenu une pièce de mode. Elle est proposée à 1 400 €.
La saharienne, un vêtement né sous l'uniforme colonial
Avant d'être une veste de week-end, la saharienne a été une réponse militaire au climat. Elle apparaît à la fin du XIXe siècle dans la garde-robe des soldats occidentaux engagés sur les théâtres coloniaux, au premier rang desquels l'armée britannique en Inde. Sa forme se fixe avec l'uniforme en khaki drill que les Britanniques introduisent en 1900, pendant la seconde guerre des Boers. Tout y figure déjà : un coton léger, quatre poches à soufflet, des épaulettes et une ceinture. Cette grammaire n'a presque plus bougé depuis, et c'est précisément sa stabilité qui permet de suivre la descendance de la saharienne, des casernes aux vestiaires civils, sans jamais perdre le fil.
Le Buschhemd de l'Afrikakorps, la même veste dans l'autre camp
Le modèle ne reste pas l'apanage des Britanniques. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les hommes de l'Afrikakorps portent eux aussi une veste de ce type, que l'armée allemande désigne sous le nom de Buschhemd, la « chemise de brousse ». La saharienne devient ainsi un vêtement que les adversaires partagent par-delà les lignes, signe qu'elle répond à des contraintes plus fortes que les traditions nationales d'uniforme. Ce Buschhemd laissera une trace inattendue : c'est lui qu'un grand couturier parisien citera, plus de vingt ans après la guerre, comme l'une des sources de sa propre saharienne.
Du safari au grand écran, la veste quitte la caserne
Entre-temps, la saharienne a trouvé une seconde vie loin des casernes, chez les chasseurs et les voyageurs partis en safari. Le terme safari jacket apparaît au milieu des années 1930, et Ernest Hemingway, qui parle de bush jackets dès 1936, fait beaucoup pour sa popularité. Le cinéma prend le relais au début des années 1950 : Gregory Peck la porte dans Les Neiges du Kilimandjaro en 1952, Clark Gable et Ava Gardner l'année suivante dans Mogambo de John Ford. La veste devient l'uniforme de l'aventurier hollywoodien, puis celui de l'agent secret lorsque Roger Moore enfile des tenues safari dans cinq films de James Bond. À ce stade, elle n'a plus rien de réglementaire : elle signale un tempérament plus qu'un grade.
Yves Saint Laurent, ou le basculement vers la mode
Le passage au vestiaire de tous les jours se joue à Paris. Yves Saint Laurent fait défiler une saharienne dès 1967, puis dessine en 1968 un modèle unique pour un reportage de Vogue Paris. Taillée en gabardine de coton, sa veste revendique ouvertement ses origines : le couturier dit s'être inspiré de l'équipement de l'Afrikakorps et des tenues des Occidentaux en Afrique. Dès 1969, la pièce rejoint les rayons de prêt-à-porter du couturier, rue de Tournon, et trouve aussitôt son public. Une photographie d'Helmut Newton, montrant Saint Laurent, Betty Catroux et Loulou de la Falaise en saharienne devant la boutique, achève d'en faire une icône. Adoptée d'abord par les femmes, puis par les hommes, la veste de troupe est devenue un classique civil.
La M47, une veste de combat avant d'être une saharienne
La « M47 » de l'armée française désigne la veste de la tenue toutes armes modèle 1947, dite TTA 47. Les tenues de 1944, calquées sur le modèle britannique, ayant montré leurs limites, l'intendance s'inspire fortement de la tenue américaine modèle 1943. Par économie, la veste n'existe qu'en 8 tailles, quatre tours de poitrine déclinés en deux longueurs. En coton kaki, parfois marron, elle ferme par six boutons et réunit quatre poches à rabat boutonné, des épaulettes, des pattes de serrage aux manches et un cordon de serrage intérieur. Portée en Indochine puis en Algérie jusqu'en 1962, elle reçoit en 1952 des poches de hanche à soufflet et passe en 1961 à la toile à chevrons HBT, avant d'être remplacée par la S300 au cours des années 1960.
Coulange, une maison d'atelier née en 1918
La maison naît en 1918, lorsque Madame Coulange reprend une manufacture et fait fabriquer ses vêtements dans son propre atelier, en Mayenne. Selon la marque, celui-ci a produit pendant cinquante ans la veste de pont et la salopette de quart de la Marine nationale. Coulange affirme aussi avoir fabriqué la M47, qu'elle présente comme la saharienne de l'armée de Terre. En 1975, l'atelier comptait 240 personnes, et les patronages actuels dateraient de cette époque. Relancée en 2023 sur ces patronages d'origine, la maison reste floue sur la date du modèle d'origine, situé tantôt dans les années 1950, tantôt dans les années 1980.
Une Safari Jacket M47 en coton japonais, coupée en France
La réédition reprend plusieurs codes de la tenue réglementaire. Le tissu extérieur est en 100 % coton japonais, et les fonds de poche sont doublés en cupro, une fibre que la marque présente comme issue de fibres recyclées. La coupe est droite, et le cordon de serrage intérieur hérité de la TTA 47 permet d'ajuster la taille, tandis qu'une patte boutonnée règle les poignets, comme sur l'original. Plusieurs poches fonctionnelles et des boutons gravés au nom de Coulange complètent l'ensemble. Proposée en kaki du XS au 3XL, la veste est coupée et assemblée dans l'atelier de la marque en France ; la maison recommande le nettoyage à sec et répare gratuitement ses pièces à vie.
La M47 de Coulange est-elle vraiment une saharienne ?
Au sens strict, non : la TTA 47 était une veste de combat, pas un vêtement colonial. Mais elle en possède tous les codes, des quatre poches à rabat aux épaulettes en passant par la taille resserrée, et Coulange l'assume en la baptisant Safari Jacket. L'original, lui, se raréfie : les stocks de TTA 47 se sont vite épuisés ces dernières années, sous l'effet de l'engouement de la mode, notamment dans certains pays d'Asie. Entre le surplus devenu rare et la réédition, vendue en ligne à 1 400 €, le choix oppose l'authenticité du réglementaire à la fabrication neuve d'un atelier qui revendique cette filiation.
Veste saharienne militaire Coulange : un siècle d'uniforme kaki dans une seule veste
Peu de vêtements ont traversé autant de mondes sans changer de forme. La saharienne a habillé des soldats britanniques, allemands et français, des chasseurs, des écrivains, des acteurs, puis les clientes d'un couturier, en gardant presque toujours les mêmes poches, les mêmes épaulettes et la même taille marquée. Peu de pièces d'inspiration militaire survivent ainsi à leur fonction d'origine sans perdre leur silhouette. La M47 de Coulange en offre une lecture très française, adossée à une tenue de combat réglementaire d'après-guerre plutôt qu'au vestiaire du safari, portée par un atelier qui revendique une longue proximité avec les uniformes de la Marine nationale et de l'armée de Terre. Que l'on cherche l'original dans les surplus ou sa réédition, porter une telle veste, c'est endosser un vêtement de travail que l'histoire a transformé en vêtement de style.
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Rédacteur Éric Barse
Journaliste, créateur d'entreprises, fondateur des portails www.cafe-racer-only.com et www.scooter-3-roues.com, Eric Barse partage son temps entre ses passions : la moto, les voyages et les montres. Passé par l'école militaire de Saint-Cyr et le 2ème RPIMA avant de faire une carrière dans la communication et le digital, il voue une véritable passion aux montres authentiques qui accompagnent depuis de nombreuses années ses aventures à 2 roues, de l'Océan Indien, à l'Afrique en passant par l'Amérique latine !