Surchemise Camo Relwen : du camouflage frog skin des Marines à la flanelle matelassée
Longtemps déclinée en tartans et en carreaux, la Quilted Flannel Shirt Jacket de Relwen, marque fondée dans l'Ohio, adopte un imprimé qui parle directement aux amateurs de matériel militaire : le Duck Camo. Derrière ce nom de chasse se cache une filiation précise, celle du camouflage M1942 « frog skin », conçu pendant la Seconde Guerre mondiale et porté par les Marines dans le Pacifique avant de finir dans les surplus, puis dans les marais pour les chasseurs. La surchemise reprend ce motif sur une flanelle de coton brossé, matelassée avec une ouate recyclée. Elle reste assez compacte pour se porter comme une chemise et assez isolée pour tenir le rôle d'une veste légère en mi-saison. Elle est vendue 258 dollars, soit environ 220 €.
Le Duck Camo, un imprimé né sur les champs de bataille du Pacifique
Relwen décline sa Quilted Flannel Shirt Jacket au fil des saisons, presque toujours dans des tartans et des carreaux qui évoquent le vestiaire de travail. L'arrivée d'un coloris Duck Camo change la lecture du vêtement. Ce camouflage, que l'on associe volontiers aux affûts au bord des étangs, n'a pas été inventé pour la chasse : il est l'héritier direct d'un motif militaire de 1942, passé par plusieurs conflits et par les stocks de surplus avant de devenir un classique civil.
Norvell Gillespie et le frog skin des Marine Raiders
Le motif d'origine est le M1942 « frog skin », et son auteur venait d'un tout autre univers que celui des arsenaux. Norvell Gillespie était horticulteur civil et rédacteur des pages jardinage du magazine Better Homes & Gardens. Son dessin représente la première tentative de l'armée américaine de camouflage par coloration disruptive, c'est-à-dire par des taches qui brisent la silhouette au lieu de la fondre dans une teinte unie. Les premiers à en être équipés furent les Marine Raiders, en 1942, dans le Pacifique. Les tenues étaient taillées dans un twill à chevrons, le fameux HBT, et surtout réversibles : une face jungle à cinq couleurs, une face plage à trois couleurs, pour accompagner le combattant de la végétation jusqu'au littoral. Certaines unités de l'Army l'ont également porté en Normandie à l'été 1944.
Des stocks de surplus aux marais des chasseurs
La fabrication s'interrompt en janvier 1944. Les uniformes restants partent en surplus, où ils trouvent une clientèle inattendue : les chasseurs, qui adoptent ces tenues et leur donnent le surnom resté attaché au motif, duck hunter. La carrière militaire du dessin ne s'arrête pourtant pas là. On le retrouve sur des couvre-casques des Marines en Corée, distribué aux 1er et 2e régiments étrangers de parachutistes pendant la guerre d'Indochine, porté par la brigade 2506 lors du débarquement de la baie des Cochons, puis au Vietnam par des SEAL, des Rangers et des Montagnards, faute de tenue camouflée réglementaire. Dans le même temps, des fabricants civils le reproduisent pour la chasse des années 1960 jusqu'aux années 1990, prolongeant sa vie bien au-delà des arsenaux.
Relwen, l'Ohio et le vestiaire militaire
Ce motif trouve chez Relwen un terrain naturel. La marque a été fondée en octobre 2007 à Bexley, dans l'Ohio, par Jamie Rupp, dont les parents travaillaient déjà dans l'habillement. Dès ses débuts, il revendique une inspiration puisée dans ce que les vêtements militaires et de travail ont de plus honnête, avec un ancrage dans les fermes et les champs de l'Ohio et du Michigan. La devise maison, « Be Lasting », résume l'ambition : des pièces faites pour durer. Les pressions présentées comme de qualité militaire et les finitions d'inspiration vintage reviennent sur l'ensemble de la collection, devenue l'une des plus vendues chez Huckberry. La récente Defender, veste 2-en-1 inspirée de la M65 avec blouson matelassé amovible, confirme cette filiation.
Trois couches assemblées comme une seule étoffe
La construction constitue le véritable point technique de cette surchemise. L'extérieur est une flanelle 100 % coton brossé de 190 g/m², tissée en twill, un peu plus dense que les 180 g/m² annoncés sur une version antérieure du modèle. Dessous, une ouate en polyester 100 % recyclé de 80 grammes assure l'isolation, tandis qu'une doublure en ripstop polyester ferme l'ensemble, piquée en caissons à travers l'isolant. Ces trois épaisseurs sont matelassées ensemble, puis coupées et cousues comme une seule pièce. Il n'existe donc pas de doublure flottante : le vêtement reste plat et compact, ce qui lui permet de passer du rôle de chemise à celui de veste. La marque suggère même de la porter comme une chemise renforcée, rentrée à l'avant dans le pantalon. À l'intérieur, les coutures sont gansées pour une finition nette.
Des pressions noires et cinq poches réparties
La quincaillerie reste sobre. Le devant, les poignets et les poches poitrine ferment par des pressions à ressort en métal oxydé noir, un choix qui s'accorde avec le motif, aucun élément brillant ne venant trancher sur le camouflage. La veste compte cinq poches au total. Les deux poches poitrine se referment par pression. Deux poches chauffe-mains se dissimulent dans les coutures latérales et sont doublées de tricot brossé, un détail appréciable par temps frais. Enfin, une grande poche intérieure zippée, placée à hauteur de poitrine, garde à l'abri ce que l'on ne veut pas laisser dans une poche ouverte.
Surchemise Camo Relwen : quand un camouflage de 1942 revient en flanelle !
Peu d'imprimés ont suivi un parcours aussi sinueux que le duck hunter. Dessiné par un horticulteur pour habiller des combattants dans la jungle, il a traversé le Pacifique, la Normandie, l'Indochine et le Vietnam avant d'équiper des chasseurs qui l'avaient déniché au rayon surplus. Le retrouver sur une surchemise matelassée dit quelque chose de la manière dont l'univers militaire irrigue aujourd'hui le vestiaire civil : moins un déguisement qu'une mémoire que l'on porte. Relwen ne cherche pas à reproduire un uniforme. La marque emprunte un langage visuel éprouvé et l'applique à un vêtement de mi-saison pensé pour le quotidien, porté en chemise comme en veste. C'est souvent ainsi que l'héritage militaire survit le mieux, à travers des détails qui ont fait leurs preuves et des motifs dont l'histoire dépasse largement la mode. Le camouflage de 1942 n'a plus rien à dissimuler, il a désormais beaucoup à raconter.
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Rédacteur Éric Barse
Journaliste, créateur d'entreprises, fondateur des portails www.cafe-racer-only.com et www.scooter-3-roues.com, Eric Barse partage son temps entre ses passions : la moto, les voyages et les montres. Passé par l'école militaire de Saint-Cyr et le 2ème RPIMA avant de faire une carrière dans la communication et le digital, il voue une véritable passion aux montres authentiques qui accompagnent depuis de nombreuses années ses aventures à 2 roues, de l'Océan Indien, à l'Afrique en passant par l'Amérique latine !