Montres militaires françaises : les marques qui ont réellement travaillé avec les forces armées

17.08.2026

L’expression « montres militaires françaises » recouvre des réalités très différentes. Une montre au cadran noir, dotée d’index luminescents et d’un bracelet kaki peut revendiquer une esthétique militaire sans avoir le moindre lien avec une armée. À l’inverse, certaines montres ont réellement été conçues à partir d’un cahier des charges militaire, achetées par l’État, testées par des unités ou développées directement avec des personnels des forces françaises. L’histoire horlogère militaire française est particulièrement riche. Elle traverse deux univers majeurs : l’aviation militaire, avec les célèbres chronographes Type 20 et Type 21, et la plongée, où les besoins de la Marine nationale ont contribué au développement de plusieurs montres devenues historiques. Des noms comme Breguet, Tudor ou ZRC côtoient ainsi des maisons françaises telles que Dodane, Auricoste ou Yema. Plus récemment, certaines collaborations directes avec des unités militaires ont également redonné une actualité à cette tradition.

Type 20 : quand l'armée française définit sa propre montre

Pour comprendre l'histoire des montres militaires françaises, il faut revenir au début des années 1950. Le ministère français de la Défense souhaite alors disposer d'un chronographe destiné aux équipages des forces aériennes. Plutôt que de sélectionner une montre existante, l'administration établit une fiche-programme définissant les caractéristiques du Type 20. Le chronographe doit notamment être robuste et posséder une fonction de retour en vol – ou flyback. Celle-ci permet de remettre instantanément le chronographe à zéro et de relancer un nouveau chronométrage par une seule pression. Type 20 ne désigne donc pas initialement une marque ou un modèle particulier, mais une spécification militaire française. Plusieurs fabricants vont produire des chronographes répondant à ces exigences. Parmi les noms historiquement associés au Type 20 figurent notamment Breguet, Dodane, Auricoste, Vixa et Airain.

Breguet Type 20 : 1 100 chronographes pour l'Armée de l'air

Le cas de Breguet est l'un des mieux documentés. Après l'homologation de son chronographe en 1953, la maison obtient en 1954 le marché n°5101/54 du ministère de l'Air. La commande porte sur 1.100 Type 20 destinés à l'Armée de l'air française. Les livraisons s'échelonnent ensuite entre 1955 et 1959. Ces montres n'étaient pas simplement proposées à des pilotes militaires : elles constituaient de véritables montres de dotation appartenant à l'État français. Breguet fournira également des chronographes au Centre d'Essais en Vol en 1956-1957 puis à l'Aéronautique navale en 1960. Cette histoire explique pourquoi le Type XX occupe encore aujourd'hui une place centrale dans les collections Breguet.

Une Breguet Type 20 contemporaine et son ancêtre « CHOCOLATE » de 1960 (Estimation 85.000€)

Montres militaires françaises 1 Montres militaires françaises Breguet Type 20 7 Montres militaires françaises Breguet Type 20 6 Montres militaires françaises Breguet Type 20 5 Montres militaires françaises Breguet Type 20 4 Montres militaires françaises Breguet Type 20 3 Montres militaires françaises Breguet Type 20 2 Montres militaires françaises Breguet Type 20 1

Dodane, Auricoste, Vixa et Airain : les autres noms du Type 20

Breguet est loin d'être le seul fabricant lié à cette aventure. Dodane, maison française fondée au XIXe siècle, est devenue l'un des noms les plus étroitement associés aux chronographes militaires Type 20 et surtout Type 21, évolution du cahier des charges introduite dans la seconde moitié des années 1950. Auricoste constitue également un acteur important de l'horlogerie militaire française. La maison a fourni des chronographes Type 20 et possède parallèlement une longue histoire avec la Marine nationale. Plus atypique, Vixa a elle aussi livré des Type 20 aux forces françaises dans les années 1950. Les montres utilisent notamment des mouvements d'origine Hanhart, ce qui fait de ces chronographes des pièces particulièrement intéressantes dans le contexte industriel de l'après-guerre. Enfin, Airain appartient au cercle des fournisseurs historiques. La marque indique que ses Type 20 ont notamment été utilisés par des pilotes de l'Aviation légère de l'Armée de terre (ALAT). Ces marques constituent ainsi le noyau historique de la montre de pilote militaire française.

Montres militaires françaises Vixa Montres militaires françaises Dodane Montres militaires françaises Auricoste Type 21 Montres militaires françaises Airain

Blancpain Fifty Fathoms : la plongée militaire change de dimension

Sous l'eau, l'histoire prend une autre direction. Au début des années 1950, le développement des nageurs de combat français fait apparaître le besoin d'une véritable montre capable d'accompagner les opérations subaquatiques. Le capitaine Robert « Bob » Maloubier et le lieutenant Claude Riffaud jouent un rôle essentiel dans la définition de ce nouvel instrument. Leurs recherches aboutissent à l'une des montres de plongée les plus importantes de l'histoire horlogère : la Blancpain Fifty Fathoms. Son apparition en 1953 est étroitement associée aux besoins des nageurs de combat français. Étanchéité, forte lisibilité et lunette permettant de surveiller le temps d'immersion posent alors les bases de la montre de plongée moderne. Même si Blancpain est une maison suisse, la Fifty Fathoms occupe donc une place incontournable dans une histoire consacrée aux montres militaires françaises.

Une Blancpain Fifty Fathoms des années 60 et sa version contemporaine

Montres militaires françaises fifty fathoms 1 Montres militaires françaises fifty fathoms 2

Tudor et la Marine nationale : une collaboration devenue légendaire

L'autre grand nom suisse associé aux plongeurs militaires français est Tudor. La relation débute officiellement en 1956, lorsque le Groupe d'Étude et de Recherches Sous-Marines de Toulon reçoit des Tudor Oyster Prince Submariner références 7922 et 7923 afin de les évaluer. Les résultats conduisent à une relation durable entre Tudor et la Marine nationale. Les Submariner de dotation portant les célèbres gravures « M.N. » suivies de l'année sont aujourd'hui particulièrement recherchées par les collectionneurs. Elles constituent également un exemple parfait de ce qui distingue une véritable montre militaire d'une montre simplement inspirée par l'univers des armées. L'histoire connaît aujourd'hui un prolongement contemporain : Tudor a renoué officiellement son partenariat avec la Marine nationale, donnant notamment naissance à la famille Pelagos FXD. Le modèle utilise des barrettes de bracelet fixes et une construction pensée autour des besoins de plongeurs militaires.

Une Tudor Submariner MN des années 60 et sa version contemporaine Pelagos FXD

Montres militaires françaises Tudor 1 Montres militaires françaises Tudor 2

ZRC Grands Fonds 300 : une montre transformée par les exigences de la Marine

L'histoire de ZRC avec la Marine nationale est tout aussi intéressante car les militaires vont directement influencer la conception de la montre. Après l'homologation de la première Grands Fonds 300 en 1960, la Marine nationale signale que la couronne traditionnelle positionnée à 3 heures est trop exposée pendant les manipulations subaquatiques. Elle demande au fabricant de trouver une solution. ZRC développe alors la caractéristique qui deviendra la signature de la Grands Fonds 300 : une couronne positionnée à 6 heures, protégée entre les deux parties du bracelet. La montre est notamment conçue autour des contraintes rencontrées par les plongeurs démineurs. Son boîtier fait également appel à un acier spécifique renforcé au molybdène et présentant des caractéristiques antimagnétiques recherchées pour cet usage. Ici, la collaboration militaire n'est donc pas uniquement une question de logo : elle modifie directement l'architecture de la montre.

Une ZRC Grands Fonds 300 des années 1960 et sa version contemporaine

Montres militaires françaises ZRC 2 Montres militaires françaises ZRC 1

Yema : le retour d'une marque française auprès de la Marine nationale

L'histoire continue aujourd'hui avec Yema. La manufacture française est actuellement partenaire horloger officiel de la Marine nationale et développe avec elle plusieurs montres, notamment au sein de la famille Navygraf. La Navygraf Marine Nationale CMM.10 constitue un exemple intéressant de cette nouvelle génération. Yema indique que la montre a été développée en collaboration avec des personnels de la Marine nationale et qu'elle répond à un cahier des charges orienté vers un usage militaire. Elle propose notamment 300 mètres d'étanchéité et un mouvement manufacture affichant 70 heures de réserve de marche. En 2026, année du 400e anniversaire de la Marine nationale, Yema continue d'ailleurs de mettre en avant ce partenariat officiel. La situation est différente des marchés de dotation des années 1950 : il s'agit aujourd'hui davantage d'un partenariat institutionnel et technique, avec des modèles proposés également au grand public.

Montres militaires françaises Yema 1

Airain : un lien militaire qui redevient contemporain

Autre cas particulièrement intéressant : Airain. La marque ne se contente plus de rééditer son ancien Type 20. Elle a récemment développé une montre directement avec l'EHRA 3, l'Escadrille d'Hélicoptères de Reconnaissance et d'Attaque n°3 de l'ALAT. La Type 20 EHRA 3 reprend les couleurs et certains codes graphiques de l'unité. Le fond reçoit notamment le numéro individuel de licence de vol des pilotes. Cette collaboration crée un pont assez rare entre deux époques : Airain faisait partie des fabricants liés aux chronographes militaires français historiques et travaille de nouveau avec des militaires français plusieurs décennies plus tard.

Montres militaires françaises Airain 2

Bell & Ross et les collaborations aéronautiques contemporaines

Dans un registre différent, Bell & Ross entretient depuis longtemps une identité liée à l'instrumentation aéronautique. La maison franco-suisse a notamment développé un partenariat officiel avec la Patrouille de France, unité emblématique de l'Armée de l'Air et de l'Espace. Plusieurs éditions BR 03 ont ainsi repris les couleurs et l'identité graphique de la formation. Nous sommes cependant ici dans une logique différente de celle du Type 20 des années 1950. Il s'agit avant tout d'un partenariat contemporain avec une unité militaire, et non d'un marché de dotation comparable à celui qui avait conduit l'État à acheter les chronographes Breguet. Cette distinction est importante pour conserver une approche historiquement rigoureuse.

Montres militaires françaises Bell Ross

De la montre de dotation à la collaboration avec une unité

L'expression « montre militaire » mérite donc d'être utilisée avec précision. On peut distinguer plusieurs niveaux de relation entre une marque et les forces françaises : montre développée selon une spécification militaire officielle, montre achetée et distribuée en dotation, montre testée ou homologuée par une institution militaire, montre développée avec une unité, et enfin partenariat officiel permettant également la commercialisation d'une version civile. Ainsi, un Type 20 Breguet des années 1950 et une Yema Marine Nationale contemporaine possèdent tous les deux une véritable légitimité militaire, mais la nature de leur relation avec les armées n'est pas identique. C'est également ce qui rend ce patrimoine aussi intéressant. Encore une fois la liste n'est pas exhaustive et l'on peut citer des marques indépendantes comme Ralf Tech, MAT ou Akrone qui collaborent régulièrement avec des unités spécifiques.

Quelles sont les principales marques de montres militaires françaises ?

Si l'on retient uniquement les maisons pour lesquelles une relation militaire française significative et documentée peut être établie, plusieurs noms ressortent particulièrement : Breguet, Dodane, Auricoste, Airain et Vixa pour l'aviation militaire historique ; Blancpain, Tudor et ZRC pour les grandes heures de la plongée militaire ; Yema, Tudor, Airain et Bell & Ross pour certaines collaborations institutionnelles ou militaires contemporaines. La liste n'est pas exhaustive. D'autres fabricants ont produit des instruments pour les forces françaises ou développé des séries spécifiques pour certaines unités. Il faut cependant distinguer ces projets, parfois confidentiels, des grands marchés de dotation documentés. L'histoire des montres militaires françaises montre surtout que les forces armées ont parfois joué un véritable rôle dans l'évolution technique de l'horlogerie. La fonction flyback du Type 20 répondait aux besoins des aviateurs. La Fifty Fathoms a été développée dans le contexte des nageurs de combat. La configuration singulière de la ZRC Grands Fonds est directement liée aux remarques de la Marine nationale. Quant aux Tudor de dotation, elles témoignent de plusieurs décennies d'utilisation de montres mécaniques par les plongeurs militaires français. Plus de soixante-dix ans après les premiers Type 20 et les débuts de la plongée militaire moderne, cette relation entre horlogerie et forces armées françaises continue donc d'exister. Elle a simplement changé de forme : aux grands marchés d'État et aux montres de dotation ont progressivement succédé les partenariats techniques, les séries développées avec certaines unités et les modèles militaires également accessibles aux collectionneurs civils.

Note aux lecteurs !

Les contenus publiés sur Montre-Plongée-Militaire.com traitent de l'histoire des montres de plongée civiles et militaires, des montres militaires, de leurs utilisateurs et parfois des unités auxquelles elles sont associées. Les références aux forces armées, aux forces spéciales, aux commandos ou aux conflits ont une vocation exclusivement informative, historique et horlogère. Elles visent à documenter l'origine et l'évolution de ces garde-temps, sans exprimer de soutien, de jugement ou de position à l'égard des organisations, des doctrines ou des événements évoqués.

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Éric BARSE

Rédacteur Éric Barse

Journaliste, créateur d'entreprises, fondateur des portails www.cafe-racer-only.com et www.scooter-3-roues.com, Eric Barse partage son temps entre ses passions : la moto, les voyages et les montres. Passé par l'école militaire de Saint-Cyr et le 2ème RPIMA avant de faire une carrière dans la communication et le digital, il voue une véritable passion aux montres authentiques qui accompagnent depuis de nombreuses années ses aventures à 2 roues, de l'Océan Indien, à l'Afrique en passant par l'Amérique latine !