Vertex M36 : l’héritage des « Dirty Dozen » dans une montre militaire de 36 mm
Dans l’univers des montres militaires, certaines créations contemporaines revendiquent une inspiration historique plus ou moins lointaine. La Vertex M36 se trouve dans une situation différente : son dessin renvoie directement à une montre que la marque produisait pour les forces britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale. Boîtier de 36 mm, cadran noir, petite seconde à 6 heures, chiffres arabes, aiguilles de type seringue et présence de la célèbre « Broad Arrow » britannique : la M36 assume cette filiation sans chercher à transformer radicalement la formule. Vertex l'a conçue comme une interprétation moderne de sa W.W.W. Calibre 59 de 1944, l'une des douze montres militaires aujourd'hui regroupées par les collectionneurs sous l'appellation « Dirty Dozen ». Elle est disponible à partir de 2.558€.
Vertex, une maison britannique aux racines suisses
L'histoire de Vertex commence avec Claude Lyons, entrepreneur britannique actif dans l'horlogerie dès le début du XXe siècle. Le nom Vertex est enregistré à Londres et à La Chaux-de-Fonds en 1916, illustrant déjà la double identité de l'entreprise : direction britannique et production horlogère suisse. La Seconde Guerre mondiale va profondément modifier son histoire. Les installations de Vertex à Hatton Garden, à Londres, sont détruites en 1940. L'année suivante, Henry Lazarus, gendre de Claude Lyons et alors capitaine dans l'armée britannique, est sollicité pour participer à l'approvisionnement des forces armées en montres, notamment grâce à sa connaissance de l'industrie horlogère suisse. Cette relation avec les forces britanniques va conduire Vertex à participer à l'un des programmes horlogers militaires les plus célèbres du XXe siècle.
Les Dirty Dozen : douze fabricants pour l'armée britannique
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le ministère britannique de la Défense établit un cahier des charges destiné à fournir aux militaires une montre-bracelet fiable et immédiatement lisible. Ces montres portent la désignation W.W.W., pour « Wrist Watch Waterproof ». Douze fabricants répondent aux spécifications : Buren, Cyma, Eterna, Grana, IWC, Jaeger-LeCoultre, Lemania, Longines, Omega, Record, Timor et Vertex. Cette liste recevra bien plus tard le surnom de « Dirty Dozen », en référence au film The Dirty Dozen de 1967. Le cahier des charges impose une philosophie essentiellement fonctionnelle : cadran noir très lisible, chiffres arabes, indications luminescentes, petite seconde, construction résistante et marquages militaires. Ces contraintes expliquent la proximité esthétique entre les douze modèles. Vertex occupe néanmoins une position particulière puisque la maison était le seul fabricant basé au Royaume-Uni parmi les douze fournisseurs originaux, même si la production horlogère était réalisée en Suisse.
1944 : la Vertex Calibre 59
La montre qui sert aujourd'hui de référence à la M36 est la Vertex W.W.W. Cal 59. Vertex indique avoir lancé sa production à grande échelle en 1944 et avoir livré 4.652 exemplaires dans le contexte des préparatifs du Débarquement. La montre originale répondait aux codes militaires de l'époque avec son cadran noir mat, ses chiffres arabes et repères lumineux, sa minuterie périphérique et sa petite seconde positionnée à 6 heures. Une couronne suffisamment importante pour être facilement manipulée et une construction volontairement robuste complétaient l'ensemble. À l'intérieur se trouvait le calibre 59 à remontage manuel, un mouvement de 15 rubis produit par Revue Thommen. Ce modèle est aujourd'hui recherché par les collectionneurs de montres militaires, comme le sont plus largement les douze W.W.W. britanniques.
Découvrez la fiche complète de la Vertex M36
De la disparition de Vertex à sa renaissance
Comme de nombreuses maisons historiques, Vertex finit par être fragilisée par les transformations de l'industrie horlogère et notamment par la crise du quartz. La société cesse finalement son activité au début des années 1970. L'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais un siècle après les débuts de Claude Lyons, son arrière-petit-fils Don Cochrane décide de faire renaître la marque familiale. Vertex est réincorporée et revient officiellement avec la M100, présentée en 2016 puis lancée en 2017. Cette première montre de la nouvelle époque s'inspire déjà directement du Calibre 59 militaire. La M36 poursuit aujourd'hui cette démarche en se rapprochant encore davantage des proportions historiques.
Vertex M36 : le retour au diamètre de 36 mm
Son nom annonce sa principale caractéristique : 36 mm de diamètre. À l'heure où de nombreuses rééditions militaires ont longtemps adopté des dimensions sensiblement supérieures aux modèles historiques, Vertex revient ici vers une taille particulièrement traditionnelle. Le boîtier en acier inoxydable 316L entièrement brossé mesure 36 mm de diamètre pour 11 mm d'épaisseur et 46,5 mm de corne à corne. L'entre-corne est de 18 mm. Ces dimensions constituent une part importante de la personnalité de la montre. La M36 ne cherche pas à donner à une field watch historique la présence d'une plongeuse ou d'une montre tactique contemporaine. Elle conserve volontairement une silhouette relativement compacte. Le verre constitue en revanche une évolution évidente par rapport au modèle des années 1940. Vertex utilise un saphir double dôme de type box, avec traitements antireflet AR08 et AR06.
Un cadran qui conserve les codes militaires
C'est en observant le cadran que la filiation avec la W.W.W. devient la plus évidente. Fond noir, chiffres arabes blancs, minuterie périphérique, petite seconde à 6 heures et aiguilles seringue composent un ensemble essentiellement tourné vers la lisibilité. Vertex apporte néanmoins une touche contemporaine spectaculaire avec son utilisation de Super-LumiNova moulée. Les éléments lumineux ne se limitent ainsi pas à une fine couche de matière appliquée sur le cadran : ils participent fortement au relief et à l'identité visuelle de la montre. Autre détail particulièrement important pour les amateurs de montres militaires : la Broad Arrow apparaît sur le cadran. Cette flèche était traditionnellement utilisée pour identifier les biens appartenant au gouvernement britannique. Dans le cas de la M36, Vertex précise avoir obtenu une autorisation spécifique du ministère britannique de la Défense pour l'utiliser en raison de sa légitimité historique. Ce détail distingue évidemment la M36 d'une simple montre contemporaine adoptant artificiellement des codes militaires.
Un Sellita SW260-1 automatique remplace le Calibre 59
Vertex n'a pas cherché à reproduire mécaniquement le mouvement de 1944. La M36 reçoit un Sellita SW260-1 Top Grade automatique sans date, personnalisé pour Vertex. Ce calibre de 31 rubis fonctionne à une fréquence de 28 800 alternances par heure, soit 4 Hz, et est réglé dans trois positions. Vertex mentionne également une fonction stop-seconde et un spiral Nivaflex. Le choix de la petite seconde permet surtout de conserver l'organisation visuelle de la montre militaire originale tout en proposant le confort d'un mouvement automatique moderne. La couronne est vissée et l'étanchéité atteint 100 mètres. La M36 n'est donc évidemment pas une montre de plongée, mais cette caractéristique la rend sensiblement plus polyvalente que son ancêtre militaire.
Trois bracelets pour différentes interprétations
Vertex livre la M36 dans une boîte technique d'inspiration militaire avec trois solutions de bracelet : un bracelet métallique extensible, un bracelet textile couleur sable de type passant et un bracelet cuir de construction similaire. Le changement de bracelet modifie sensiblement son caractère. Sur textile, la filiation militaire est particulièrement évidente. Le cuir permet une interprétation plus classique, tandis que le bracelet métallique donne à cette petite montre-outil une apparence différente, plus proche d'une montre quotidienne. Cette polyvalence correspond finalement assez bien à la manière dont Vertex positionne la M36 : non pas comme une reproduction destinée exclusivement aux collectionneurs de militaria, mais comme une montre contemporaine héritant d'une véritable histoire militaire.
Une montre militaire historique plutôt qu'une simple inspiration
C'est probablement ce qui rend la Vertex M36 intéressante dans le paysage actuel des field watches. Son esthétique n'a rien de révolutionnaire : elle ne cherche d'ailleurs absolument pas à l'être. Son intérêt réside dans la cohérence entre son dessin actuel et une montre réellement produite pour les forces britanniques en 1944. La maison moderne possède en outre un lien familial direct avec la société originelle puisque sa renaissance a été orchestrée par l'arrière-petit-fils de son fondateur. Proposée actuellement à 2.558€, la M36 se situe dans un segment où elle rencontre de nombreuses concurrentes mécaniques. Son prix ne s'explique donc pas uniquement par ses caractéristiques techniques. Une part importante de sa proposition repose sur sa provenance et sur la volonté de préserver les détails esthétiques du modèle militaire original. Avec son boîtier de 36 mm, son cadran extrêmement lisible, sa petite seconde, sa Broad Arrow et son mouvement suisse automatique, la Vertex M36 réalise ainsi un exercice relativement rare : moderniser une montre militaire sans chercher à la transformer en imposante montre tactique contemporaine. Plus de quatre-vingts ans après la W.W.W. Calibre 59, elle conserve les proportions et la simplicité fonctionnelle qui caractérisaient les montres des « Dirty Dozen », tout en ajoutant ce que l'horlogerie actuelle peut apporter en matière de mouvement automatique, de luminescence, de verre saphir et d'étanchéité.
Plus d'articles
Montres militaires françaises : les marques qui ont réellement travaillé avec les forces armées
LIV GX-Diver’s 44mm Ocean Blue 2.0 : une plongeuse suisse au caractère affirmé
Swiss Military Diver 500 Limited Edition : une plongeuse automatique conçue pour les grandes profondeurs
La montre du record du monde de plongée en bouteille : -332,35 mètres !
Rédacteur Éric Barse
Journaliste, créateur d'entreprises, fondateur des portails www.cafe-racer-only.com et www.scooter-3-roues.com, Eric Barse partage son temps entre ses passions : la moto, les voyages et les montres. Passé par l'école militaire de Saint-Cyr et le 2ème RPIMA avant de faire une carrière dans la communication et le digital, il voue une véritable passion aux montres authentiques qui accompagnent depuis de nombreuses années ses aventures à 2 roues, de l'Océan Indien, à l'Afrique en passant par l'Amérique latine !